Silence, on enregistre. Lentement, posément, la voix rendue rauque par la fumée de la pipe posée à portée de main, Michel Germain lit son texte. Face à lui, sur l'écran de l'ordinateur, la courbe de la piste d'enregistrement danse au gré des inflexions de sa voix. La séquence durera une dizaine de minutes dans une atmosphère de sépulcre

Ces séances font partie de son quotidien : il est devenu donneur de voix à la bibliothèque sonore à sa retraite, en 1991. "À l'époque, je ne voulais pas rester enfermé. Je cherchais une activité bénévole, sans en être esclave. Quand on entre dans une association, il y a souvent des permanences, des réunions…" Il découvre un jour par la presse l'existence de la bibliothèque sonore, pousse la porte par curiosité. Il n'en repartira pas. "Il n'y a pas d'obligation, on a uniquement les objectifs que l'on se fixe. L'été, je n'enregistre pas. En revanche, l'hiver, avec la nuit qui tombe vite… C'est devenu un véritable loisir : Quand un problème d'informatique m'empêche d'enregistrer, ça pèse sur le moral", explique-t-il.

Malgré une bonne centaine de livres à son actif, l'enthousiasme reste intact. "J'ai toujours aimé la lecture, je lis quatre à cinq romans par mois. Et quand j'en trouve un qui me plaît, je vérifie s'il est déjà disponible dans le catalogue des bibliothèques sonores. Si il n'y est pas, je l'enregistre" Un second passage aux allures de redécouverte. " Quand on lit silencieusement, on saute toujours des petits passages. Il y a des choses qui n'avaient pas frappé l'œil qui apparaissent à voix haute." Les débuts ne sont cependant pas simples. "Au début, on lit de façon trop saccadée, trop rapide." Mais il prend le pli, le plaisir vient. "Tout le monde ne peut pas être donneur de voix : 400 pages, c'est 9 heures d'enregistrement." Cela sans compter le temps de réécoute, voire les éventuelles reprises

La technologie a toutefois bien amélioré les choses. "En 1991, on enregistrait avec une sorte de dictaphone. Cela craquait de partout", se souvient-il. Arrive l'informatique et son cortège de possibilités d'enregistrement numérique. Pas exactement sa tasse de thé, au départ. "Quand j'ai commencé, un livre faisait douze cassettes. Ca m'a fait bizarre de voir que tout pouvait tenir sur une clé USB. Et qu'il y a encore de la place pour quatre autres !", rigole-t-il. Même chose pour le logiciel d'enregistrement : une période d'adaptation et le voilà lancé. "Au début, j'appelais souvent le technicien de la bibliothèque. Maintenant, ça va !", assure l'octogénaire.

La dernière page lue, l'enregistrement est ensuite ajouté au catalogue des bibliothèques sonores : un réseau de 120 antennes nourri par 2 600 donneurs de voix qui ont constitué au fil des années un stock de plus de 300 000 livres et revues. Un réseau en quête perpétuelle de nouvelles voix.

ARNAUD ROSSIGNON

 

 668 audiolivres prêtés en 2014

Les 34 audiolecteurs inscrits à Orthez sont visiblement boulimiques de littérature, avec pas moins de 456 livres remis à la permanence située à l'étage de la médiathèque, chaque vendredi de 14h à 17h. Mais également 112 audiolivres envoyés par la Poste. "Nous évitons d'empiéter sur les bibliothèques de Biarritz et de Pau. Mais cela évite à des résidents du Pays Basque de se déplacer", note Corinne Barile, sa présidente. Ces livres n'ont pas tous été enregistrés par des Orthéziens : la bibliothèque a accès à l'ensemble des références du catalogue du réseau national. "Nous pouvons les graver sur CD, ou les communiquer sous forme numérique". L'adhésion à la bibliothèque sonore est gratuite, mais nécessite un certificat médical attestant que son porteur est "empêché de lire". "Cela nous permet d'être exonérés de droits d'auteur", explique Corinne Barile. Un terme, générique, englobe toutefois les malvoyants, mais aussi des personnes souffrant d'autres handicaps. À noter que le catalogue de la bibliothèque comporte aussi une quinzaine de revues, notamment Le Point, Géo, L'Express, mais aussi Sciences et vie, Historia… Une possibilité encore trop peu exploitée à Orthez : seules 47 audiorevues ont été commandées en 2014.